La “Souris blanche” est morte
The "White Mouse" has died
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Un temps, elle fut la personne la plus recherchée par la Gestapo. L’Australienne Nancy Wake, l’une des plus grandes espionnes de la Résistance, vient de mourir à 98 ans.
Les
Allemands l’avaient surnommée la « Souris blanche », car
chaque fois qu’ils croyaient pouvoir l’attraper, elle avait déjà disparu. C’est
une femme d’exception, une vraie héroïne du siècle dernier, qui vient de mourir
de vieillesse, quelques jours avant son 99e anniversaire. Nancy Wake,
l’Australienne la plus décorée de la Seconde Guerre mondiale, s’est éteinte
dimanche dans un hospice londonien, et sa mémoire a été unanimement saluée à
travers le monde.
« Nancy Wake était une femme d’un courage hors du commun et dotée de
ressources exceptionnelles, dont les exploits audacieux ont sauvé la vie de
centaines de personnes au sein des forces alliées et aidé à mettre fin à
l’occupation nazie en France », a déclaré lundi le Premier ministre
australien, Julia Gillard, rappelant qu’elle avait été « un saboteur et
une espionne magnifiquement efficace ». L’ambassadeur de France en
Australie a également rendu hommage à cette grande résistante, faite par la
France chevalier de la Légion d’honneur, médaillée de la Résistance et trois
fois Croix de guerre, compagnon de l’ordre d’Australie, médaille de George de
Grande-Bretagne et médaille de la liberté des Etats-Unis.
Destin hors du commun
Née le 30
août 1912 à Wellington, en Nouvelle-Zélande, Nancy Grace Augusta Wake était la
petite dernière d’une famille de six enfants. Elle n’avait que deux ans quand
sa famille alla s’installer à Sydney, et c’est à 19 ans, après avoir été
infirmière, qu’elle prit en main un destin qui allait s’avérer hors du commun.
Elle rêvait d’aller à New York, à Londres, à Paris. Un héritage d’un oncle lui
permit de réaliser son rêve et elle s’envola donc en 1931 pour Londres, où elle
fit des études de journalisme. Puis elle devint correspondante du Chicago
Tribune, à Paris. C’est là qu’elle assista à la montée du nazisme en Allemagne,
notamment en allant interviewer à Vienne Adolf Hitler. C’est là également
qu’elle rencontra son premier mari, un riche industriel français, Henri Fiocca.
Tous deux vivaient à Marseille quand éclata la guerre en 1939, et tous deux
rejoignirent la Résistance en 1940, aidant de nombreux Juifs à échapper à
l’occupant nazi.
Son mari sera arrêté, torturé et tué par la Gestapo en 1943, mais Nancy Wake
continua ses opérations de sabotage et d’espionnage, donnant des cauchemars aux
soldats allemands chargés de l’arrêter. En 1943, elle gagna Londres via
l’Espagne pour travailler au sein des opérations spéciales. Elle sera
parachutée en France en avril 1944 afin d’aider à distribuer des armes à la Résistance
et de préparer le débarquement en Normandie. Après la guerre, elle continuera à
travailler pour les services secrets britanniques en Europe jusqu’en 1957, date
à laquelle elle épousera un ancien pilote de chasse britannique, John Forward,
avec qui elle ira s’installer en Australie.
Si la Gestapo la surnomma la « Souris blanche », « c’est
aussi parce que cette femme était très belle », explique Peter
Fitzsimons, qui écrivit sa biographie. « Les Allemands s’attendaient à
combattre quelqu’un comme eux : un homme armé, agressif – et elle était
tout le contraire. » Mais ce fut une résistante et une espionne sans
faiblesses, qui dira à la fin de sa vie : « Pour moi, un bon
Allemand était un Allemand mort. Je regrette de ne pas en avoir tué davantage. »
Décédée sans enfant, Nancy Wake devrait être incinérée dans l’intimité, avant
de voir réalisé, au printemps prochain, son dernier vœu : que ses cendres
soient dispersées au-dessus de Montluçon, dans le centre de la France, théâtre
de ses actes d’héroïsme en 1944.
Par Jean-Michel Comte